Avec Nour beaucoup de rimes sont possibles. Tout droit venue de Suisse, ce sera Nour tout court, comme son prénom. Nour court depuis toujours après la liberté musicale, trop volatile pour être mise dans la cage chanson, elle ouvre la porte à toutes les formes de musique, même si le jazz reste son point de départ : « Je chantais du jazz dans les bars à punks ».

Son troisième album respire la lumière, l’audace élégante, et ne refuse jamais l’absurde artistique. « Après l’orage » raconte sans en avoir l’air les quotidiens d’une jeune femme auteur, compositeur, interprète.

Cet album est aussi le premier fait en France, les deux précédents « Des P’tits Hommes » et « Au-delà de l’Arc-En-Ciel » connurent une jolie vie chez les helvètes. Arrivée à Paris, pensionnaire de la Cité Des Arts, Nour se réinvente, flirte avec les arts plastiques sans abandonner la musique. Années d’expériences et de redécouverte de soi. Les rencontres sont bien sûr au rendez-vous : Les Zoufris Maracas (avec qui elle fera la manche et pour qui elle fera les choeurs), Bertrand Belin qui est présent sur le titre « Pauvre Prince Charmant » (extrait de son second album) : « Parce qu’il avait la voix d’un prince charmant » CQFD. L’amoureuse de Boris Vian et de Nougaro se réinvente à Paris, affiche sa vision du monde, en affirme sa version féminine.

Surtout elle crée : « J’ai besoin que ça sorte ! ». Avec joie et envie.

Le très doux « Les horizons » est le premier titre qui vit le jour. Au départ conçu comme une musique de film, il met en valeur la voix entre malice et tendresse et montre l’étendue de sa poésie. C’est une vraie chanson de film qui sera le dernier morceau crée pour cet album. « Lumière bleue » est la chanson générique du film de Marie Noelle-Sehr : « Marie Curie » qui raconte le nouvel amour de cette femme aux deux prix Nobel. Un titre pêchu avec des choeurs comme elle les aime, intégré à la BO faite par Bruno Coulais.

« Sale temps » qui ouvre l’album démarre par… des essuie-glaces et introduit l’ossature de « Après l’orage ». Nour malaxe, triture et fait vivre les bruits du quotidien. Chez elle un briquet devient rythme, un mixeur fait danser la valse, et un rasoir électrique donne son nom à un titre. La magie de cet acte créatif est que cela ne fait jamais gadget ou bidouillage, Nour nous entraine et on la suit, mi intrigués, mi amusés.

Après avoir travaillé sur un EP récemment paru, avec Camille Ballon (akaTom Fire) et dont on retrouve ici trois morceaux, c’est Alexis Campet (Eskalina- Bergman) qui réalise le reste de l’album, s’il a bien sûr apporté sa patte, il a surtout validé le travail que pas à pas Nour avait fait dans son coin. Il a aussi réussi à faire sonner en studio tous ces bruits venus d’ailleurs dont un petit pad pour bébés qu’on entend déci delà. « Les bruits du monde sont musique », et soudain la cage explose encore plus.

Ni trop drôle ni trop triste Nour aime cependant le grain de folie nécessaire pour ne pas tomber dans… la folie justement. Le monde est ce qu’il est. Nour le redécore et convoque les surréalistes, Breton, Ernst et Magritte en tête pour les marier à Tom Waits, André Minvielle et Billie Holiday pour être elle en toute simplicité et vivre dans sa tête et dans son corps tous ses morceaux. Absurde peut être mais toujours plein de sens.

La scène est son jardin de jeu, qu’elle a nourri ces dernières années avec le trio au féminin « Jeu de Dames » avec Fredda et Gio où les répertoires se mélangeaient avec rires et virtuosité.

« Après l’orage » que Nour vit presque comme un premier album est prêt à se balader en piano-solo ou à trois (Avec David Potaux Razel et Anne Gouraud) de salle en salle pour donner le rythme et le sourire à ceux qui sont prêts à les accueillir, briquets, fer à repasser, aspirateurs, bienvenus donc !!!

Olivier Bas

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